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Jehanne Henin Traductrice littéraire

Le huitième envoyé

, 9 juin 2017

Le huitième envoyé
Le huitième envoyé

Chronique

Le huitième envoyé
[Osmi povjerenik]
De Renato Baretić
Traduit du croate par Chloé Billon

La quatrième : 

Ah, la Croatie, la côte dalmate, ses îles paradisiaques… !

Un homme politique en disgrâce est envoyé sur Terzola, l’île la plus isolée de la mer Adriatique. Sur place, c’est à peine s’il y a l’eau et l’électricité. Pas de réseau téléphonique ni de connexion Internet, deux églises mais pas de prêtre. Sa mission, et punition : organiser, en tant qu’émissaire du gouvernement croate, des élections locales. Ses sept prédécesseurs ont échoué.

Découvrant les dialectes et coutumes pour le moins farfelus des habitants de cet îlot quasi oublié, le huitième envoyé réussira-t-il à honorer ses fonctions ?

Vous ne verrez plus jamais de la même façon vos vacances en solitaire dans le dernier phare de Croatie.

 

Ma chronique :

Il y a quelques mois, j’ai lancé une recherche sur Amazon.fr pour voir ce qu’ils proposaient comme romans croates contemporains en français. Les résultats n’étaient pas nombreux et j’ai acheté les 3 qui m’attiraient le plus. Parmi eux figurait Le huitième envoyé, traduit par Chloé Billon, dont le nom ne m’était déjà pas complètement inconnu. Hasard du calendrier, je rencontrais Chloé à la Foire du livre de Bruxelles quelques semaines plus tard, avant de la recroiser au salon Livre Paris.

Mi-mai, je m’apprête à partir en vacances en Croatie. Au moment de choisir les livres à glisser dans ma valise, je me dis que le temps est venu de lire ce roman qui attise ma curiosité depuis que j’ai rencontré Chloé. Et puis qu’y a-t-il de mieux pour s’imprégner de l’ambiance d’un roman que de le lire là où il a été écrit ? J’entame donc la lecture à peine installée dans l’avion.

Siniša est un jeune loup promis à un brillant avenir politique. Mais suite à un piège tendu par ses opposants, le voici mêlé à une sombre histoire de mœurs. Son chef, le Premier ministre, lui conseille de se faire oublier un moment et l’envoie pour ce faire sur Terzola, l’île croate habitée la plus éloignée du continent, avec pour mission d’y organiser des élections locales. Mission qui paraît tout à fait anodine, si ce n’est que sept envoyés avant lui s’y sont déjà cassé les dents. On dit que certains seraient même devenus fous. Il faut reconnaître que Terzola n’a pas grand-chose en commun avec Hvar.

Premièrement, l’île est une espèce de maison de retraite gérée depuis l’Australie par Bonino, un ancien du cru ayant fait fortune dans l’exploitation de mines au pays des kangourous. Les jeunes sont envoyés dans l’hémisphère sud pour travailler dans les mines de Bonino, puis reviennent sur Terzola pour finir leurs vieux jours. Les habitants de l’île sont approvisionnés une fois par semaine par des bateaux italiens. Deuxièmement, les Terzoliens s’avèrent parler un dialecte incompréhensible, mélange de croate, d’italien et d’anglais. À tel point que Siniša se voit assigné un interprète, Tonino, qui sera également son hôte et son assistant. Qui plus est, l’île est bercée par des histoires et des coutumes plus effrayantes les unes que les autres et ses habitants semblent pour le moins farfelus. Et surtout, comme si ça ne suffisait pas, les Terzoliens sont déterminés à continuer à vivre comme ils l’ont toujours fait. Ils redoutent la politique de Zagreb et ne voient pas l’utilité de créer des listes qui pourraient les diviser.

Au fil de son séjour, Siniša va être amené à croiser des personnages souvent hauts en couleur : des vieux grabataires au passé trouble, des Bosniens poursuivis par la mafia italienne, des aborigènes dotées de mystérieux pouvoirs guérisseurs, un gardien de phare illuminé… J’ai beaucoup apprécié ce roman qui fleure bon la Dalmatie profonde. Même s’il s’agit d’une fiction, je trouve que la mentalité dalmate et ses différences avec Zagreb sont parfaitement perceptibles et décrites avec beaucoup de réalisme. Bien que l’île de Terzola n’existe pas en tant que telle, le parler terzolien s’inspire plus ou moins directement de certains dialectes dalmates réels.

Et c’est là qu’il me faut souligner le travail exceptionnel abattu par ma collègue Chloé Billon. Pendant mes vacances en Croatie, alors que je discutais des spécificités du croate parlé en Dalmatie avec deux jeunes gens du coin, j’ai évoqué ce roman et il se trouve que l’un d’entre eux l’avait lu (en croate, bien entendu). Nous avons commencé à discuter du livre et je me suis alors rendu compte que le travail de traduction allait encore bien plus loin que ce que je m’étais imaginé. Prenons les dialectes, par exemple. Le dialecte croato-italien étant déjà (intentionnellement) difficilement compréhensible pour les Croates, il fallait pouvoir le transformer en un langage tout aussi difficilement compréhensible (mais compréhensible quand même) pour les francophones. Idem pour le dialecte « anglais », qui, dans l’original, correspond en fait à de l’anglais prononcé avec l’accent croate. Il faut donc lire les dialogues à voix haute pour en comprendre le sens. Dans sa traduction, Chloé a également dû l’adapter pour le faire correspondre à une prononciation française.

Au-delà de cet aspect traductionnel très intéressant (du moins, pour moi), j’ai été touchée par cette histoire qui parle d’amitié, de loyauté et de tolérance aussi. De l’intégrité de Siniša au dévouement total de Tonino, en passant par le côté cash de Selim: tous les personnages sont attachants d’une manière ou d’une autre. Ce livre est pour moi un véritable coup de cœur et je suis très admirative de ce que Chloé a réussi à en faire.

Les infos :
Éditeur : Gaïa
Genre : Littérature contemporaine
Date de parution : 05/10/2016
Pays d’origine : Croatie
Nombre de pages : 284

L’auteur :
Renato Baretić est né à Zagreb en 1963. Il a contribué au célèbre hebdomadaire satirique aujourd’hui disparu Feral Tribune, et été coscénariste d’une série TV qui évoque avec ironie les aventures d’une équipe de journalistes à Split à l’aube du XXe siècle. Il est l’auteur de plusieurs romans, Le huitième envoyé est son premier, lauréat de nombreux prix littéraires. Renato Baretić réside et travaille à Split.

La traductrice :
Après avoir achevé un Master de traduction littéraire en bosniaque-croate-serbe à l’INALCO, puis un Master d’interprétation de conférence à l’ESIT, Chloé Billon a séjourné en Croatie et en Serbie pour approfondir sa connaissance de la langue et de la culture de ces pays. Outre Le huitième envoyé, elle a également traduit du serbe Ça pourrait bien être votre jour de chance de Mileta Prodanović et traduit régulièrement pour Le courrier des Balkans.

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Commentaires

Avatar de Licorne
Licorne
12 juin 2017

Une couverture qui fait rêver en ce début de saison ! Le livre dans la photo très sympa ! belle vue et belle chronique. Merci !

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