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Jehanne Henin Traductrice littéraire

Le Pont sur la Drina

, 21 mars 2017

Le pont sur la Drina

Le Pont sur la Drina
[Na Drini ćuprija]

d’Ivo Andrić
Traduit du serbo-croate par Pascale Delpech

La quatrième : 

À Višegrad, c’est sur le pont reliant les deux rives de la Drina – mais aussi la Serbie et la Bosnie, l’Orient et l’Occident – que se concentre depuis le XVIe siècle la vie des habitants, chrétiens, juifs, musulmans de Turquie ou « islamisés ». C’est là que l’on palabre, s’affronte, joue aux cartes, écoute les proclamations des maîtres successifs du pays, Ottomans puis Austro-Hongrois.
C’est la chronique de ces quatre siècles que le grand romancier yougoslave Ivo Andrić, prix Nobel de littérature en 1961, nous rapporte ici, mêlant la légende à l’histoire, la drôlerie à l’horreur, faisant revivre mille et un personnages : de Radisav le Serbe empalé par le gouverneur turc, à Fata qui se jette du pont pour éviter un mariage forcé, et au vieil Ali Hodja, le Turc traditionaliste, qui voit avec consternation surgir les troupes de l’empereur François-Joseph.
En 1914, le pont endommagé dans une explosion demeure debout. Sinistre présage, cependant, grâce auquel ce roman paru en 1945, œuvre d’un écrivain bosniaque par sa naissance, croate par son origine et serbe par ses engagements d’alors, nous paraît aujourd’hui mystérieusement prophétique.

Ma chronique :

Conçu à la manière d’une chronique, ce roman historique d’Ivo Andrić retrace l’évolution du pont sur la Drina à travers les époques, de sa construction au XVIe siècle sous les ordres du vizir turc Mehmed Pacha à sa destruction partielle durant la première Guerre mondiale. Le pont sert de prétexte pour décrire les épisodes mouvementés qui ont jalonné l’histoire de la petite ville de Višegrad, située non loin de la frontière entre la Bosnie et la Serbie, dans une région tour à tour dominée par les Ottomans, les Autrichiens et les Serbes. Chaque chapitre nous fait faire un bond dans le temps et, à peine placés dans le contexte historique, nous voilà replongés dans de nouvelles histoires avec de nouveaux personnages et d’autres déjà rencontrés dans les chapitres précédents mais devenus plus âgés.

Dépaysant de par son cadre et superbement traduit par Pascale Delpech, le roman comporte plusieurs scènes brutales et sanglantes, si parfaitement décrites qu’elles font littéralement froid dans le dos. Mais le pont est également le théâtre d’histoires d’amour heureuses et malheureuses, d’amitiés et de rivalités, de déceptions et de fêtes. Autant de tranches de vie racontées à travers des personnages souvent hauts en couleur.

Lauréat du prix Nobel de littérature en 1961, Ivo Andrić est né en Bosnie de parents croates, mais a fait le choix de prendre la nationalité serbe. Il est donc extrêmement bien placé pour décrire sans parti pris les différents groupes ethniques qui peuplent la région et leur perception souvent diamétralement opposée des événements.

Le pont sur la Drina est une lecture qui demande pas mal de concentration car il y a beaucoup de personnages, aux noms parfois similaires, et beaucoup de références aux chapitres précédents. L’effort en vaut toutefois la peine, car on se retrouve alors immergé dans cette ville de Bosnie profonde, d’où l’on peut observer les personnages évoluer, un peu comme si nous étions nous même assis sur la « kapia » au milieu du pont.

Coup du hasard, cette lecture que j’avais entamée depuis un moment s’insère pile poil dans le thème du Club de Lecture de mars de @VendrediLecture : Dans les Balkans

Club Vendredi Lecture

Les infos :
Le livre de Poche, collection Biblio
Genre : Historique
Date de parution : 05/07/1999
Pays d’origine : Serbie
Nombre de pages : 384

L’auteur :
Né le 9 octobre 1892 à Travnik (Bosnie-Herzégovine), Ivo Andrić grandit à Višegrad, avant de partir étudier à Zagreb puis à Vienne. Il s’installe ensuite à Belgrade, en Serbie, où il débute une carrière de diplomate. Ce n’est qu’après la deuxième Guerre mondiale qu’il se consacrera à la littérature. Il est l’auteur de romans mondialement connus, dont plusieurs ont été traduits en français. Il remporte le Prix Nobel de Littérature en 1961 et décède à Belgrade en 1975.

La traductrice :
Interprète, traductrice d’Ivo Andrić et de Danilo Kiš (son ancien professeur qui deviendra son compagnon), Pascale Delpech est depuis 2008 la directrice du Centre culturel français de Belgrade.

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