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Jehanne Henin Traductrice littéraire

La Foire du livre à Bruxelles

, 6 mars 2016

J’ai un peu honte de l’avouer, mais je n’étais encore jamais allée à la Foire du livre de Bruxelles. Si j’avais décidé de m’y rendre cette année (non non, rien à voir avec le fait que c’était gratuit), c’était dans l’idée de rencontrer des directeurs de collection de grandes (et moins grandes) maisons d’édition afin de leur proposer mes services de traductrice. Et je dois dire que, de ce point de vue, ce fut une cruelle désillusion. En effet, en ce lundi 22 février, dernier jour de la Foire, les responsables étaient déjà rentrés à Paris (quand ils avaient fait le déplacement). Dans les stands ne restaient plus que des vendeurs et des bénévoles. Pire encore, plusieurs des maisons d’édition que j’entendais courtiser n’avaient même pas de véritable stand propre ! J’ai malgré tout repris espoir en passant devant une petite maison d’édition belge en partie spécialisée dans la littérature croate et bosnienne (mais pas que ! Pour en savoir plus : M.E.O.) mais même là, rien de vraiment concluant (enfin, j’ai tout de même acheté un livre, que je vous présenterai à l’occasion).

La Foire du livre de Bruxelles
Le stand Gallimard

La première Journée de la traduction littéraire

Mais si j’avais décidé d’y aller le lundi spécifiquement, c’est surtout parce qu’il s’y tenait la première Journée de la traduction littéraire, avec plusieurs débats et entretiens programmés tout au long de la journée. J’étais donc partie accompagnée de deux amis traducteurs, sans parler de ceux que nous avons retrouvés sur place. L’occasion d’échanger nos impressions, mais aussi nos trucs et astuces pour espérer un jour percer dans le monde tant convoité de la traduction littéraire. Je n’ai malheureusement pas pu assister à tous les débats, mais j’ai écouté très attentivement les quatre intervenants qui s’étaient réunis pour discuter du thème « Europe et traduction littéraire : quels enjeux ? Quel avenir ? », à savoir : Pascaline Merten, professeur à l’ULB/ISTI ; l’incontournable et inimitable Françoise Wuilmart, traductrice littéraire et fondatrice du CETL ; Max Godefroid, responsable du Desk Belgique Programme Europe Créative de la Fédération Wallonie-Bruxelles, et Arnaud Pasquali, chef de secteur Traduction littéraire pour le Creative Europe Network de la DG Éducation et culture de la Commission européenne, tout ce joli petit monde répondant aux questions pertinemment impertinentes de Christine Defoin.

Débat sur la traduction littéraire en Europe
De gauche à droite : Pascaline Merten, Françoise Wuilmart, Arnaud Pasquali, Max Godefroid et Christine Defoin

Pascaline Merten a d’abord présenté la formation (Bac, Master et DESS) proposée par l’ISTI, récemment intégré à l’ULB. Françoise Wuilmart a ensuite brièvement expliqué le principe du CETL (Centre européen de traduction littéraire) et les raisons qui l’ont poussée à créer ce centre de formation postuniversitaire en 1989. Je dois dire que les explications de Mme Wuilmart m’intéressaient d’autant plus que je me suis récemment inscrite aux cours à distance du CETL. Si cela vous intéresse, je rédigerai un billet à ce sujet d’ici quelques mois (le temps d’avoir un peu de recul). D’après Mme Wuilmart, donc, 25 % des étudiants du CETL ont, par la suite, percé en tant que traducteurs littéraires. C’est sans doute déjà beaucoup, mais mes collègues et moi avons été un peu désarçonnés par ce chiffre, nous qui plaçons tant d’espoirs dans cette formation.

Max Godefroid a ensuite décrit la procédure que doit suivre un éditeur pour demander une aide au titre du programme Europe Créative. Doté d’un budget de 1,46 milliard d’euros, ce programme se compose de plusieurs volets, dont l’un est consacré à la culture. Les projets de traductions littéraires représentent un montant de 31,8 millions d’euros sur 2014-2020 et visent à soutenir la circulation transnationale, la promotion et la diffusion de la littérature européenne de qualité, favorisant ainsi la diversité culture et linguistique en Europe. Le Desk aide les éditeurs à constituer leur dossier, qui doit contenir entre 3 et 10 œuvres de fiction rédigées dans des langues éligibles (les langues européennes de plus faible diffusion). Les financements octroyés par le programme peuvent couvrir jusqu’à 50 % des frais liés à la traduction, à la distribution et à la promotion des œuvres traduites.

En réponse à Mme Wuilmart qui soulignait l’existence de fraudes, Arnaud Pasquali a évoqué les contrôles mis en place pour écarter les éditeurs malhonnêtes et pouvoir lancer des poursuites en cas de fraude détectée. La Commission vérifie que l’éditeur a effectivement travaillé avec le traducteur mentionné dans l’offre et une preuve de paiement est également demandée auprès du traducteur.

Françoise Wuilmart a ensuite présenté le Collège de Seneffe, une résidence d’accueil pour traducteurs littéraires professionnels qui travaillent sur les œuvres d’auteurs belges francophones. La plupart des résidents sont déjà sous contrat de traduction, mais des auteurs belges sont parfois invités à venir se présenter, ceci afin d’encourager de nouvelles collaborations.

Lancée sur le sujet des récompenses littéraires, Mme Wuilmart s’est indignée du fait que, lors de la remise du Prix du livre européen décerné chaque année le 6 décembre, le traducteur non seulement n’est pas invité, mais n’est même pas cité. M. Pasquali a répondu que l’Union européenne était bien consciente de la nécessité de donner plus de visibilité aux traducteurs et que l’une des exigences assorties à l’octroi d’une aide de l’UE était justement d’inclure le nom et la biographie du traducteur dans chaque ouvrage traduit.

Grégory Laurent, coordinateur général de la Foire du livre, et Barbara Gessler, chef de l’unité Culture de l’Agence exécutive pour l’éducation, l’audiovisuel et la culture (EACEA), ont ensuite été invités à rejoindre les intervenants afin de clôturer cette première Journée de la traduction. Mme Gessler a rappelé les principaux chiffres du secteur de l’édition, tandis que le mot de la fin a été laissé à M. Laurent, qui s’est félicité du succès de cette première édition et a d’ores et déjà annoncé qu’il y en aurait probablement une deuxième.

La Foire du livre de Bruxelles
Le stand Bragelonne

En bref, je garde une impression plutôt positive de cette journée. OK, je n’ai réalisé aucun des objectifs que je m’étais fixés avant de partir. Je n’ai distribué aucune carte de visite et n’ai serré la main d’aucun directeur de collection. Mais j’ai passé un très bon moment avec mes collègues et j’ai aussi eu le grand plaisir de rencontrer Françoise Wuilmart. Je suis revenue chez moi hyper motivée, avec plein d’idées de nouvelles pistes à explorer. Alors, déjà rien que pour tout ça, je suis contente d’avoir fait le déplacement.

Jehanne, reboostée

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Commentaires

Avatar de Laurence Demartin
Laurence Demartin
9 mars 2016

Belle plume ... félicitations et bonne continuation. A bientôt alors!

Réponses

Avatar de
11 mars 2016

Merci pour tes compliments et tes encouragements, Laurence ! :-)

Avatar de Benita Burdet-Martin
Benita Burdet-Martin
23 mars 2016

Hello Jehanne, ton billet est très agréable à lire. Bisous et au plaisir d'en lire d'autres.

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