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Jehanne Henin Traductrice littéraire

Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère… et retrouvé l’amour

, 16 mars 2016

L'objet de la chronique
Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère… et retrouvé l’amour

Chronique

[Breathers. A Zombie’s Lament]
De S. G. Browne
Traduit de l’anglais par Laura Derajinski

La quatrième :

«Il n’est jamais agréable de se réveiller sur le sol de la cuisine, baignant dans une mare de glace à la fraise fondue et entouré de plusieurs bouteilles de vin… vides, évidemment. Le trou noir dans mes souvenirs n’est pas, non plus, quelque chose de très réjouissant. Qu’ai-je bien pu faire pour en arriver là? Et pourquoi ai-je vidé le congélateur de son contenu? Le mieux est encore d’aller voir par moi-même…
Après vérification, c’est finalement assez logique : pour y ranger les corps de mes parents. Bien… Il va falloir que je me remémore deux ou trois choses, mais par où commencer? Peut-être par la façon dont je suis devenu un zombie?»

Avec ce roman drôle et provocant, S. G. Browne revisite de manière originale un des mythes modernes les plus forts en nous présentant le point de vue d’un zombie. Non sans y ajouter beaucoup d’humour et… un zeste d’amour. Rire et horreur assurés!

Ma chronique :

J’ai offert ce livre et sa suite (« Le jour où les zombies ont dévoré le Père Noël », qui patiente toujours dans ma PAL et fera donc l’objet d’une autre chronique ultérieurement) pour Noël à ma cousine fan de zombies. Ils lui ont tellement plu qu’elle me les a ensuite prêtés pour que je les lise moi aussi. « Tu verras, c’est différent des histoires de zombies habituelles ! », m’a-t-elle dit. Et en effet, j’ai vu… Amateurs de gore et d’hémoglobine, passez votre chemin. Car s’il y a un être particulièrement abject et effrayant dans cette histoire, c’est l’humain ou, devrais-je dire, le « respirant ».

Andy est revenu d’entre les morts, comme d’autres avant lui, sans qu’on ne sache vraiment pourquoi. De ses rendez-vous chez le psychiatre à ses réunions du groupe de soutien, le nouveau zombie peine à trouver sa place dans une société de respirants visiblement pas du tout enchantée de voir les cadavres se réveiller. Rejeté de tous, même de ses propres parents, Andy passe ses journées dans la cave de la maison familiale à boire des grands crus devant la télévision. Jusqu’à ce qu’une jolie zombie lui redonne le goût à la vie et l’envie de se battre pour ses droits et ceux de ses congénères. À moins que ce ne soit la savoureuse venaison de daim préparée par Ray ?

À mille lieues du monstre dénué de conscience et d’intelligence qu’on nous sert dans les histoires habituelles, le zombie de « Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère… et retrouvé l’amour » est avant tout un personnage attachant ayant conservé ses qualités et ses défauts d’humain (mais dans un corps en putréfaction). Il est capable de joie, de tristesse, de compassion, d’amitié et… de tomber amoureux. Ode à la tolérance, le roman aborde clairement le thème de la peur et du rejet de ceux qui sont différents (un thème hautement d’actualité s’il en est).

Si j’ai beaucoup apprécié l’humour et la répartie d’Andy, je dois avouer que je me suis quand même un peu ennuyée en lisant ce livre. Bien que plaisante, l’histoire ne m’a pas suffisamment captivée et tenue en haleine pour que j’aie envie d’avancer. J’ai d’ailleurs mis plusieurs mois pour le terminer, ce qui est quand même un bon baromètre en soi. Il s’agit néanmoins d’une lecture agréable, que je recommande volontiers à tous les amoureux des zombies en quête d’un peu d’originalité.

Jehanne, mitigée

Les infos :
Collection Folio SF (n° 495), Gallimard
Genre : SF, Fantastique
Date de parution : 28-08-2014
Pays d’origine : États-Unis
Nombre de pages : 400

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L’auteur :
Né en 1965 dans l’Arizona, Scott G. Browne a travaillé plusieurs années à Hollywood avant de s’installer à Santa Cruz, d’où il a écrit plusieurs nouvelles. Entre comédie noire et satire sociale, son premier roman « Breathers : A Zombie’s Lament », publié en mars 2009, a récolté de nombreuses critiques positives. S.G.Browne a depuis lors publié sept autres romans et vit désormais à San Francisco.

La traductrice :
Née en 1981 d’un père russe et d’une mère française, Laura Derajinski effectue une partie de ses études aux États-Unis avant d’obtenir un diplôme de traduction littéraire à l’ITIRI de Strasbourg. Elle compte à son actif une vingtaine de traductions de la littérature américaine, écossaise, sud-africaine et indienne.

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